Doublé Historique !!
Dame coupe a choisi : le sang et or sort encore une fois grandi Stade 7-Novembre de Radès. Beau temps. Pelouse en bon état. Public très nombreux. EST bat CA aux tirs au but (5-4). Score 2-2 (a.p.) Buts marqués par Eneramo (9’) et Zaïem (46’) pour l’EST et par Ghannem (24’) et Bargougui (73’) pour le CA. Expulsion de Eneramo (90’ +8’). Arbitrage de M. René Ragalla (Suisse). EST : Tizié, Berradhia, Bekri, Jabeur, Nwaneri, Mahjoubi, Zaïem, Melki, Tayeb (Ben Yahia), Ben Ouanès (Letifi) (Hammami), Eneramo. CA : Boumnijel, Souissi, Amri (Zaâlani), Njanka, Gharzoul, Ouertani, Ben Yahia, Sellami, Poukong (Keïta), Ghannem (Bargougui), Aouichaoui.
Quoi de plus beau comme feu d’artifice final pour cette saison footballistique 2005/2006 qu’une finale de rêve entre les éternels rivaux de la capitale : une finale qui devait clôturer un exercice disputé où les joueurs sang et or ont dû puiser dans leurs ressources pour décrocher le titre de champion dans la dernière ligne droite au nez et à la barbe d’une étoile solidement ancrée dans son désormais traditionnel rôle de challenger.
La mission de l’EST s’annonçait périlleuse à plusieurs égards : ainsi les deux finales précédentes ont été perdues ce qui laissait planer une certaine appréhension confirmée par les propos de Kamel Zaïem relatifs à la règle du « jamais deux sans trois ». L’autre rival désireux de s’adjuger la coupe était loin d’être une proie facile. Certes le CA au gré des saisons avait fini par rentrer dans le rang incapable qu’il était de contester une incroyable supériorité sang et or affirmée pendant 8 années consécutives. Cette saison n’avait pas d’ailleurs pas dérogé à la règle avec une double défaite aller et retour (0-2 et 1-2). Pourtant la finale promettait d’être indécise jusqu’au bout avec une équipe clubiste inexpérimentée mais n’ayant rien à perdre.
Les supporters espérantistes étaient partagés entre la satisfaction de jouer contre un adversaire qui réussissait traditionnellement à leur équipe et la crainte que cet indéniable avantage psychologique ne se transforme en véritable piège privant ainsi leurs protégés d’un doublé historique.
Une fois n’est pas coutume c’est un vendredi après midi que les milliers d’amoureux du football prirent le chemin de l’arène de Radès animés d’une foi inébranlable en la victoire de leur club les uns pour chasser le signe indien les autres pour forcer le destin.
Les deux équipes firent leur entrée dans une ambiance de folie avec deux galeries déchaînées et un spectacle de premier choix : les Ultras privés de chorégraphie lors du derby précédent se sont bien illustrés avec une sortie pleine de sobriété et de justesse qui faisait plaisir à voir. La lecture des formations rentrantes laissait entrevoir les ambitions des deux coachs : Bertrand Marchand avait fait le pari de la jeunesse en incorporant une attaque jeune et inédite alors que Ben Yahia devait faire avec l’absence du goleador Letifi laissé sur le banc. Tout le long de la semaine les supputations couraient du côté du parc B sur la possibilité de titulariser Badra dans l’axe mais l’entraîneur espérantiste avait choisi de reconduire la paire Jabeur-Nwaneri qui avait donné satisfaction lors des précédentes sorties. Mahjoubi bien que relevant de blessure était bien présent pour le début de la rencontre alors que Ben Radhia avait pour mission de suppléer Yaken sur le flanc droit. Le champion en titre se présentait ainsi dans un dispositif tactique adapté aux défaillances physiques de certains éléments clés.
Chassé croisé entre frères ennemis
La rencontre démarra à l’avantage de l’EST qui fit le choix de presser l’adversaire dans sa zone dans l’optique de provoquer une faute pouvant entraîner l’ouverture du score. L’étau espérantiste ne tarda pas à porter ses fruits puisque Walid Tayeb très virevoltant obtint un coup franc bien placé. Melki exécuta parfaitement la sentence et permit à l’imposant Michael de profiter d’un cafouillage dans la surface clubiste pour fusiller de près Boumnijel (9’) et déclencher une explosion de joie dans la galerie espérantiste. Un scénario de début de match idéal qui curieusement ne plaça pas pour autant sur orbite l’équipe espérantiste qui se replia rapidement dans sa zone laissant le soin aux clubistes pourtant cueillis à froid de faire le jeu. Certes Tayeb continuait à placer des banderilles en attaque et menait la vie dure à l’arrière garde clubiste mais son alter ego Ben Ouanès n’arrivait pas à avoir le rendement escompté. L’entrejeu espérantiste n’avait pas par ailleurs son rayonnement habituel malgré toute la bonne volonté de Zaïem.
Après une temporisation de Tayeb qui a privé son équipe d’un deuxième but salutaire le CA finit par avoir gain de cause sur une contre attaque rapidement menée sur le côté droit de la défense espérantiste : en effet Ben Radhia se laissa déborder par Amri qui centra au cordeau pour Ghannem qui d’une belle tête plongeante plongea les fans sang et or dans la stupeur (24’). Tizié n’était pas exempt de tout reproche dans cette égalisation ayant mal jugé la trajectoire du ballon mais il aura l’occasion de se racheter admirablement par la suite.
Dés lors la rencontre s’enflamma et on sentit que l’issue allait être indécise car le CA de cette après midi là n’était pas venu en victime expiatoire et avait l’ambition de sa jeunesse. L’addition aurait pu se corser si le poteau gauche de Tizié n’avait pas dévié la tête de Aouichaoui sur un coup franc de Ben Yahia. La mi-temps vint à point nommé pour soulager l’arrière garde espérantiste soumise à rude épreuve et permettre à Ben Yahia de revoir ses choix tactiques surtout après la sortie sur blessure de Ben Ouanès et Tayeb.
Ames sensibles s’abstenir
La reprise fut fulgurante côté sang et or puisque Zaïem sur une inspiration audacieuse surprit d’un tir anodin Boumnijel qui ne put que constater les dégâts dans ses filets. Cette course poursuite au score donna plus de folie aux débats. Portés sans doute par leur élan et voulant en profiter pour assommer l’adversaire groggy après ce but, l’EST aurait pu tuer le match si Michael avait su mieux cadrer sa tête sauvée par le keeper clubiste sur sa ligne. Pourtant le CA ne pliait pas sous les coups de boutoir de son rival et continuait à lutter alors que coté espérantiste l’emprise sur le match était épisodique. La sortie de Letifi pour blessure et son remplacement par Hammami laissa un goût amer aux milliers de présents dans le stade. Le meilleur buteur du championnat pas encore remis de sa blessure ne devait pas jouer ce match et le choix de le titulariser bien qu’il ne soit pas en pleine possession de ses moyens coûta cher à son coach. Ces errements tactiques ne rassuraient guère quant à l’issue finale de cette rencontre qui renoua avec le suspense haletant des derbys d’antan.
Le coaching de Marchand avec l’incorporation d’un inconnu en l’occurrence Bargougui s’avéra payant puisque sur une balle imprudemment repoussée par les arrières espérantistes ce dernier adressa un puissant tir à ras de terre qui trompa la vigilance de Tizié. Cette deuxième égalisation fut un véritable coup de poignard dans le dos de l’EST qui réalisa soudain l’ampleur de la tâche qu’il fallait accomplir pour monter sur la plus haute marche du podium. L’EST s’en était toujours sortie jusque là grâce au caractère de ses joueurs et leur science des matches chocs mais tout le monde s’interrogeait si cela allait suffire face à un adversaire qui avait repris lors de cette finale du poil de la bête et décidé de mener la vie dure à son traditionnel bourreau. Le dernier quart d’heure allait être d’anthologie grâce à un arrêt miraculeux de Tizié sur un tir à bout portant de Aouichaoui. Les rebondissements se suivaient selon un scénario diaboliquement habile mettant à l’épreuve les cœurs des supporters des deux camps sans cesse partagés entre bonheur et désespoir. Le coup de sifflet de l’arbitre annonçant la fin du temps réglementaire délivra provisoirement les joueurs le temps de goûter un court répit avant de reprendre la bataille.
Du suspense en bonus
Comment allait se solder cette rencontre nul ne pouvait le prédire alors que trente minutes supplémentaires et épuisantes pour les organismes des joueurs étaient nécessaires pour départager les deux concurrents. L’expulsion de Michael pour somme d’avertissements (le second pouvant être évité) compliquait certes la tâche des sang et or mais à l’impossible n’était tenu et les sang et or avaient démontré par le passé suffisamment de caractère dans ce genre de situations compromises.
Les 15 premières minutes furent très disputées avec à la clé deux occasions franches coté clubiste : Tizié dut se déployer à fond pour effacer deux buts tous faits le premier suite à un centrage vicieux de Sellami qui prenait le chemin de la lucarne et le second consécutif à une belle frappe lointaine de Ouertani. En face l’EST gérait le match sans pour autant parvenir à menacer sérieusement l’arrière garde clubiste. Le deuxième round des prolongations ne permit pas de sceller le sort de la rencontre les deux protagonistes étant arrivés au bout de leurs ressources physiques. Les deux équipes durent se résoudre à la loterie des penalties. Ceci ne fit que rajouter une touche dramatique supplémentaire à une rencontre qui n’en manquait pas avec des rebondissements à la pelle et un scénario digne des meilleurs suspenses hitchcockiens.
La chance sourit aux plus audacieux dit le célèbre dicton : les penalties ont choisi le camp de Bab Souika et nul n’est capable de trancher si les Sang et Or ont pris plus de risques voulant plus que leurs adversaires la victoire. Il se trouve que l’un des meilleurs clubistes en l’occurrence Ouertani a raté le tir au but décisif de son équipe offrant par la même occasion un doublé de rêve au frère ennemi espérantiste. On pourra certes louer l’application des protégés de Ben Yahia dans l’exécution des penalties mais n’empêche cette finale rarement aussi équilibrée pour un derby bascula sur un coup de dés pour le plus grand bonheur du peuple Espérantiste. A cet instant précis des milliers de supporters jetèrent aux oubliettes les souffrances endurées l’espace de 120 minutes pour laisser exploser une joie immense et partager avec leurs idoles un moment d’une intensité indescriptible. Les gradins d’en face se vidèrent à la vitesse de l’éclair plongeant leurs occupants d’il y a si peu dans un gouffre de désespoir. La coupe avait pris son temps pour décider et finit par trancher dans le vif préférant la solidité d’un champion blessé aux velléités d’un challenger audacieux mais encore tendre.
Regard vers le futur
Ce sacre que personne ne prédisait au début de l’année vient ainsi s’ajouter à un palmarès déjà riche en consécrations de tous genres : nombreux sont ceux qui pensent que le doublé 2005-2006 a une saveur particulière pour diverses raisons. D’autres une fois la fièvre de la victoire retombée ne pourront s’empêcher de revenir à leurs vieux démons et fourbir leurs armes pour s’adonner à leur sport favori à savoir le dénigrement d’un coach qui ne laissa de toute façon personne indifférent. Pourtant il aurait été plus judicieux d’adopter une juste mesure : ni triomphalisme exagéré ni minimisation des exploits réalisés tel devrait être le mot d’ordre de tout fervent supporter espérantiste. Personne ne devrait bouder le plaisir d’avoir atteint les sommets contre vents et marées mais gardons à l’esprit que la perfection est encore loin et que du labeur attend entraîneur, dirigeants et joueurs afin de réaliser le plus dur et rester perchés sur le sommet de la hiérarchie footballistique en Tunisie. Gageons que l’union sacrée autour du club permettra de rééditer les exploits d’aujourd’hui et perpétuer les traditions d’hier celles du brio et de l’excellence. |