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Décembre 1994 : Au bout du rêve, le récit de la plus belle des victoires
« D’un commun accord avec le Président et les joueurs, nous avons décidé de ne pas partir en vacances afin de bien préparer l’objectif numéro 1 de l’Espérance : Gagner la Coupe d’Afrique des Clubs Champions l’année prochaine ». Tels furent les propos de Faouzi Benzarti au micro de Dimanche Sport, le soir du premier titre continental de l’Histoire de l’Espérance : La Coupe Arabe des Clubs Champions, sacre parachevé à Tunis en Septembre 1993 après la victoire en finale contre une équipe du Bahreïn 3-0 .
Ce titre devait être l’introduction d’un nouveau chapitre de l’Histoire du club, marquant la nouvelle « universalité » de l’Espérance, sous la conduite de mr Slim Chiboub, un président aux ambitions infinies, à l’image de la soif de gloire de tout un peuple « sang et or ». Ainsi, plaçait il la barre encore plus haut : Gagner la coupe d’Afrique !! Un pari fou ? Absolument pas, à la lumière de ce panel de joueurs, aux qualités extraordinaires, formant l’effectif, et de ces nouvelles recrues, à l’avenir prometteur et qui deviendront les nouveaux porte-drapeau du football tunisien, tels les mahjoubi, Bousnina, Malitoti en 92, Chihi en 93 et Abdelkader belahsen en 94 qui rejoignirent les rangs « sang et or », déjà riche de ce mélange harmonieux d’expérience et de jeunesse incarné par les Ben Naji, Thabet, El Ouaer, Ben Rekhissa (allah yarhmou), Nouira, Guezmir, Gabsi, Hamrouni…
Et l’aventure commença, une fin d’après midi de Mars 94, par la double confrontation avec les Burkinabés de l’Etoile filante, suivie par celle du Stade Malien, couronnées toutes par des victoires en autant de matchs. S’ensuivit la belle victoire 3-0, en septembre 94, contre les nigérians de Iwuanyanwu au stade Chedly Zouiten, avant un match retour qui restera dans les annales extra-sportives comme l’affrontement symbolique entre le courage et l’amour du maillot d’un coté et le climat d’hostilité extrême de l’autre, et l’Espérance revint avec un nul synonyme de qualification. En demi finale, ce fut le tour de Mouloudia d’Oran de subir la loi « sang et or », avec un match retour où les conditions météorologiques vinrent défier sans succès un destin tracé, et qui ont failli amener l’arbitre à décider de faire rejouer le match alors que les nôtres menaient 2-0 en Algérie même !!
Ainsi, ces affrontements parfois héroiques, tantôt « herculiens », ne pouvaient, aux yeux du peuple espérantiste, avoir un plus bel épilogue que le triomphe de ses héros, l’aboutissement de l’événement tant attendu. Le 4 décembre 1994, L’Espérance de tout un peuple se mit à l’épreuve du chaudron cairote aux 100000 braises et de « leur » Zamalek, tenant du titre et maître de cet enfer promis à ceux qui osaient la défier. Et l’Espérance osa. Le score fut vierge de buts mais ô combien riche en émotions, le tableau affichait un 0-0 mais tant d’étoiles de fierté et d’espoir s’affichaient dans les yeux de tout un peuple. Et comment pouvait il en être autrement quand on vit une ligne d’attaque, généreuse dans l’effort et porteuse d’un si grand espoir pour le match retour. Comment pouvait il en être autrement quand on put admirer cette défense courageuse et orgueilleuse, imaginant même le visage de feu Si Mohamed Zouaoui, lui le « père » qui voulait avoir un « fils » qui relèverait fierement le defi face aux forces supposées inébranlables…..vous pouvez être fier de votre "fils" Si Mohammed ! Enfin, comment pouvait il en être autrement quand on se sentait pousser des ailes en regardant les envolées d’un aigle nommé Chokri El Ouaer, au regard perçant et aux griffes précises, attirées par sa victime du jour, le ballon.
Ainsi l’épreuve de l’Enfer surmontée, tout un peuple espérantiste crût, de toute son âme, au paradis.
« Champion d’Afrique »…Ces mots hantaient les esprits du peuple espérantiste depuis des jours. Les sang et or ont rendez vous avec la gloire, avec l’Histoire, et le Zamalek du Caire se dressait devant leur route, pour un duel au sommet du continent africain, pour un titre symbole d’une suprématie absolue. Plus qu’un match, plus que 90 min avant la délivrance, ou la désillusion. Il fallait en découdre, l’excitation etait à son apogée, la tension palpable, tout un peuple retint son souffle. C’est sous un ciel nuageux et une température fraîche que la capitale se réveilla le 17 décembre 1994, petit à petit, elle endossa son habit de fête, sa tunique sang et or, les drapeaux sortirent des maisons, les chants et les klaxons se firent entendre dans les rues, Bab Souika etait en ébullition, toute une ville se préparait au choc tant attendu. La foule est maintenant sur le chemin du stade olympique d’El menzah, le public sang et or a répondu présent, les routes sont bondées, les chants résonnent aux alentours du stade, les files se forment derrière les portes d’entrées, la tension monte d’un cran mais l’espoir se lit sur les visages de tous. A deux heures du coup d’envoi le stade etait plein, 45000 fidèles en pleine effervescence. L’ambiance etait magique, les chants assourdissants « taraji ya dawla » , un petit orchestre en bas des gradins jouait de la trompette et du bendir, Ridha el Wahch enflammait l’enceinte et vendait ses petits porte clefs « taraji ya si seyyed, zamalek ya zaynouba ». Nous y etions, cette rencontre tant attendue, ce moment rêvé, tant espéré, El Menzah etait désormais rouge et jaune et la clameur assourdissant. Les battements des cœurs s’accélèraient…les 11 guerriers sang et or foulaient la pelouse. Puis tout va très vite, à la 17ème minute, l’Espérance obtint son premier corner et tout un peuple retint son souffle comme si il sentait que vint le moment de plonger dans un océan de bonheur…et comment ne pas y croire lorsque le tireur se nommait Ayadi Hamrouni et que ses centres millimétrés devaient, sans aucun doute, trouver l’incontournable, le grand Balha (allah yarhmou). Ô oui qu’il était grand Balha (allah yarhmou), talentueux et généreux dans le jeu, courageux et impitoyable quand il s’agissait de défendre ses coéquipiers, quand éclata plus tard une bagarre née du sentiment de frustration qui gagnait les zamalkawis. Il fallut avoir le cœur solide pour supporter toute cette émotion qui s’ensuivit, supporter ce souffle interminablement retenu, le peuple espérantiste ne pouvait se contenter de nager dans le bonheur en surface, il voulait sombrer dans ses abyss. Et vint un dribble assassin. Abdelkader « Romario » Belahsen donna le tournis à la défense égyptienne avant de se faire stopper irrégulièrement dans la surface de réparation, offrant ainsi au doyen de l’équipe, Ali Ben Neji, le plaisir de transformer un bonheur hésitant face au danger de l’égalisation en un bonheur abouti d’une consécration, d’un paradis qui nous tendait désormais les bras. Cette fois le sacre etait imminent, rien n’empêcherait l’espérance d’entrer dans l’Histoire du football africain, l’émotion etait indescriptible, El Menzah vibrait au rythme des chants des supporters de l’équipe de Bab Souika. Enfin, telle une merveilleuse cerise sur un gâteau délicieusement grignoté, vint le chef d’œuvre, le héros du jour parachèvait le récital espérantiste d’une chevauchée venue d’ailleurs, et animé d’une force extraordinaire signe de son empreinte, un but tout droit sorti d’un songe. El Menzah etait en pleine euphorie, des larmes coulaient sur les joues des espérantistes, le but des égyptiens n’y changerait rien, leur équipe etait au somment de sa gloire, dans les hautes sphères du football. Au coup de sifflet final, l’émotion fit chavirer le stade, Ben Neji soulèva le trophée, et libèra tout un peuple. La fête battait son plein à Bab Souika et dans toutes les rues de la capitale, les joueurs y prirent part, on saluait leur bravoure, on les embrassait, l’osmose etait parfaite, le peuple sang et or connaîssait son heure de gloire, cette fois, ce n’etait plus un rêve…On etait champion d’Afrique.
« L’Espérance Sportive de Tunis, Vainqueur de la 30ème Coupe d’Afrique des Clubs Champions », un titre salué comme il se devait par la presse locale et internationale : le magazine Afrique Football à la Une de son 84ème numéro parlait de « LA GRANDE ESPERANCE » et on pouvait lire que des articles qui faisaient l’éloge des « Sang et Or » : « La cohésion et l’enthousiasme des Tunisiens méritaient amplement le titre suprême. La grande Espérance a comblé tous les espoirs du public survolté d’El-Menzah ». Le magazine Français « Onze Mondial » faisait de l’Espérance son « club du mois » dans son numéro 73, et on pouvait lire « Couronnée reine d’Afrique en décembre dernier, l’Espérance de Tunis a assouvi son rêve le plus fou. Désormais le club doit assumer son nouveau rôle de champion. » .
Faouzi Benzarti, à l’issue de ce match, déclarait au journal La Presse : « L’EST a fait la preuve définitive de son accession au niveau continental. Sa principale force réside au niveau du mental. Elle sera là, fidèle au rendez vous, les prochaines années », l’ex-coach espérantiste voyait juste, puisque quelques années après ce rendez vous du 17 Décembre 1994, l’Espérance devenait la première équipe à avoir remporté les trois titres africains. |